Jour 2

Jeudi 11 octobre

Université Laval

Pavillon Louis-Jacques-Casault (Salle CSL-1630)

1055, avenue du Séminaire

Québec (Québec)  G1V 0A6

Canada

Séance 3 présidée par Charles Moumouni, Université Laval

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9h00

Identité et fragmentation de l’offre journalistique : sur la compatibilité de dynamiques antagonistes

Bertrand Labasse, Université d’Ottawa / Canada

Résumé

Depuis l’ancienne distinction entre les nouvellistes à la main « d’état » (politiques), « de Parnasse » (culturels), « militaires », etc., le journalisme équilibre tant bien que mal deux différentiations antagonistes. L’une, externe, tend à construire son identité propre par opposition aux autres formes de discours publics, l’autre, interne, affecte cette identité par une spécialisation thématique à laquelle s’est ajoutée au long du XXe siècle une division des savoir-faire techniques (par ex. Petit Journal, 1904) aujourd’hui remise en question.

L’hyperconcurrence médiatique contemporaine (Brin et al., 2004), la fragmentation des publics (Demers, 2012) et le foisonnement des technologies sont-ils de nature à bouleverser cet équilibre instable dans le sens d’une atomisation accrue du journalisme ? On se propose ici, sinon de résoudre, du moins de contribuer à éclairer cette question en l’abordant sous deux angles conservant une certaine distance avec l’effervescence que suscitent les innovations numériques.

Dans un premier temps, on resituera les oscillations constantes du journalisme entre polyvalence et spécialisation dans une perspective diachronique, en l’illustrant par quelques discours représentatifs de moments charnières de l’évolution de la presse française (1631, 1777, 1881…). Ces points de repère tendent à conforter l’hypothèse selon laquelle la distinction identitaire des journalistes (cohésive) et leur spécialisation thématique (divisive) sont conjointement constitutives du journalisme, mais aussi que ces logiques, bien que contradictoires, sont pareillement déterminées par le besoin premier de soutenir sa réception. Dans un second temps, on examinera donc les conditions contemporaines de cette réception, en s’appuyant cette fois sur les données quantitatives portant sur l’évolution des pratiques culturelles et sur celle des attentes déclarées par le(s) public(s) et des préférences effectivement manifestées par la consommation des contenus en ligne. Ces indications convergentes nous conduiront à soutenir que, si d’un côté la diversification de l’offre et le morcellement des domaines d’attention pèsent lourdement dans le sens de la spécialisation des contenus et des professionnels, la surabondance de discours de valeur incertaine (en termes de fiabilité, mais aussi d’intérêt, de clarté…) aiguillonne pour sa part l’attente d’une différentiation de l’offre journalistique suffisamment marquée pour être potentiellement en mesure d’équilibrer sa dispersion thématique. En d’autres termes, à moins de s’engloutir dans le fourmillement des amateurs passionnés et des communicateurs, la spécialisation dans tel ou tel domaine d’intérêt (ou même dans telle ou telle technologie de captation ou de diffusion, aujourd’hui accessible à tous) ne serait durablement viable qu’adossée à une spécialisation plus poussée et mieux revendiquée… en journalisme.

C’est, du reste ce que semblent indiquer par d’autres voies des travaux comme ceux de Marchetti (2002), qui remarquait que de nombreuses spécialités – y compris le sport, longtemps ouvert aux autodidactes – tendaient à adopter des normes professionnelles, et des niveaux de formation proches de ceux requis dans les autres rubriques. C’est aussi ce dont pourrait témoigner la résistance commerciale de grands médias qui comme le New York Times misent sur le renforcement constant de leur magistère professionnel, ou encore l’évolution « vertueuse » de Vice (Ip, 2015) ou d’autres pure players relevant leurs normes et leurs ambitions journalistiques.

En somme, au-delà des thèmes auxquels elle s’applique et des technologies par lesquelles elle transite, la « performance » journalistique, généraliste au moins dans les méthodes qu’elle développe et les principes qu’elle revendique, paraît être un enjeu essentiel de l’ère numérique : si la spécialisation au sein du journalisme pourrait – ou non… – être envisagée comme « un bête pléonasme » (Neveu et al., 2002 : 11), la spécialisation en journalisme peut l’être comme « une salutaire tautologie ».

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9H25

La proximité comme spécialisation : Médias locaux et transition numérique en Belgique francophone

Olivier Standaert; Benoît Grevisse; Lara Van Dievoet & Marie Vanoost, Université catholique de Louvain / Belgique

Résumé

Cette communication analyse les stratégies éditoriales des médias locaux de Belgique francophone par le prisme de leur transition numérique (Jenkins & Nielsen, 2018) : les investissements progressifs dans des ressources humaines spécialement recrutées pour exercer sur les supports numériques, ainsi que dans des moyens de production, de diffusion et de monétisation adaptés à ces supports, reconfigurent la nature et la fréquence des liens que les journalistes tissent avec leurs publics. Or, s’agissant de la spécialisation des journalistes locaux par rapport aux médias opérant dans un autre cadre de référence géographique, les études consacrées à ce sous-champ ont montré qu’il s’articule historiquement autour d’un territoire précis (en général délimité par des bornes administratives, sociales ou géographiques) et d’un haut degré de proximité avec les parties prenantes locales, aussi bien les sources et informateurs que les publics (Damian-Gaillard, 2002 ; Ruellan & Rochard, 2003 ; Bousquet, Marty & Smyrnaios, 2012 ; Anderson, 2013 ; Bousquet, 2015).

Notre question de recherche consiste à comprendre dans quelle mesure les investissements dans les ressources et les moyens numériques, au sein des médias locaux de Belgique francophone, reconfigurent l’expression et les finalités de cette proximité avec les sources et les publics, dans un marché où l’écosystème numérique et sa culture de convergence (Jenkins, 2006) participent à une forme de dilution des supports et des cadres d’identification hérités des médias traditionnels (Deuze, 2008 ; Deuze & Witschge, 2017). Il s’agit entre autres de déterminer si la concrétisation éditoriale de la proximité « en ligne » se distingue de celle qui s’exprime sur les supports historiques.

Cette recherche s’appuie sur une série de huit entretiens de recherche semi directifs menés, au sein de quatre rédactions locales, avec la rédaction en chef et les responsables des cellules « web ». Les entretiens touchent au secteur de la presse quotidienne, de la télévision et de la radio. Ils sont complétés par une analyse descriptive des bilans annuels et des chiffres de diffusion payante sur les supports historiques et numériques. Ceci permet de contextualiser les investissements humains et matériels concrétisant cette transition numérique.

Les premiers entretiens permettent de dégager les enseignements suivants : le contexte économique dans lequel s’opère cette transition, dans un marché étroit où la question de la taille critique se pose pour bien des acteurs (van der Burg & Van den Bulck, 2014), a retardé la différenciation éditoriale entre supports historiques et numériques. Ce n’est qu’à la faveur de restructurations récentes, ou en cours, qu’apparaissent des formats mobiles, participatifs et interactifs, de nouvelles mises en récit des contenus -éditoriaux et publicitaires- exploitant les caractéristiques locales des audiences et adaptant à l’écosystème numérique la spécialisation de proximité éditoriale, sociale et géographique des médias locaux. Cette transition, cependant, recompose les termes mêmes de cette relation de proximité, comme le laissent entrevoir les initiatives de journalisme participatif ou de « solution » (Hermida, 2011 ; Barnes, 2016), les nouvelles formes de concurrence autour des médias locaux, ainsi que les difficultés à monnayer les contenus journalistiques numériques auprès des audiences  locales.

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9H50

La publicité native comme objet-frontière de nouveaux territoires professionnels

Dany Baillargeon, Marie-Eve Carignan, Alexandre Coutant, Mikaëlle Tourigny & Elyse Dionne, Université de Sherbrooke – UQÀM / Québec

Résumé

La publicité native (PN) constitue un point d’entrée intéressant pour aborder les bouleversements profonds qui affectent autant l’industrie de l’information que celle du marketing. Toutes deux s’avèrent effectivement confrontées à des investissements publicitaires inefficaces, à des consommateurs irrités par la publicité traditionnelle et à la mise en place de bloqueurs publicitaires (Rosenwald, 2015; WARC, 2016a). Cette publicité est dite « native » puisqu’elle s’encastre dans le design et l’ergonomie des supports numériques (site, médias socionumériques) qui l’accueillent, au lieu d’être reléguée aux espaces et aux formes publicitaires traditionnelles (Manic, 2015; Seligman, 2015). Bien que le « floutage » des frontières entre information et publicité ne soit pas nouveau (Eveno, 2004; Moumouni, 2005), la PN a, plus que toute autre forme d’émulation, de considérables impacts éthiques (Baillargeon, et al., 2017), économiques (Warc, 2016b) et professionnels (Shields, 2015). Pour autant, elle constituerait, selon plusieurs praticiens du marketing, ce qui sauvera à la fois l’industrie de l’information et celle de la communication marketing (Le Goff, et al., 2014). Mais elle suppose aussi un effacement inquiétant des frontières entre ces deux univers, censés se prémunir de toute influence mutuelle (Toussaint-Desmoulins, 2015).

Aussi avons-nous vu l’apparition de différents modèles pour intégrer ces producteurs de contenu – ni totalement journalistes, ni totalement marketeurs – dans la chaîne de production des entreprises de presse.  Service interne, externe, mixte, pigiste, impartition : autant de modèles qui appellent des dynamiques professionnelles de déstructuration/restructuration (Lépine & Morillon, 2017), mais également une extension des territoires du journalisme (Mercier & Pignard-Cheynel, 2014). À travers la défense de ce territoire, les journalistes se trouvent dans une double contrainte, celle du sauveteur-naufragé (Tourigny, 2017): sauver leur industrie en abandonnant des pratiques constitutives fondamentales.

Notre proposition s’inscrit en continuité avec une recherche amorcée en 2014. Il s’est agi tout d’abord de définir et de circonscrire les contours de la PN (Coutant, et al., 2016), pour ensuite l’aborder comme objet-frontière pour investiguer les rationalités convergentes et divergentes légitimant ou non la disparition des frontières entre information et promotion (Baillargeon, et al., 2017). Alors que nous constations l’incapacité des guides déontologiques à encadrer le bouleversement professionnel appelé par la PN, une récente mise à jour de nos données – appuyée d’une analyse de contenu de 162 articles de la presse professionnelle francophone en information et en marketing combinée à douze entretiens avec des journalistes – tend à montrer que les professionnels du marketing entretiennent un discours plus nuancé et moins euphorique, alors que les professionnels de l’information semblent s’en désintéresser[1]. Bien que nous soyons encore à dépouiller nos données, les rationalités du « consommateur averti », des « dispositifs d’identifications clairs » et des « contenus pertinents » se réaffirment chez les marketeurs, pendant que les professionnels de l’information tentent de réhabiliter l’économie de l’offre d’information délaissée au profit de l’économie de la demande, tout en se voyant contraints d’intégrer la PN à leur pratique.

 

[1] Une tendance déjà perceptible dans les réponses des praticiens à l’enquête de Dubois (2016) à propos de la qualité de l’information.

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10H15

Pause-café

 Séance 4 présidée par François Demers, Université Laval

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10H45

L’information sur l’immigration entre intérêt général et expertise

Paula De Souza Paes, Université do Estado de Minas Gerais / Brésil

Résumé

Cet article s’appuie sur certains éléments du travail de recherche effectué dans le cadre de notre thèse de doctorat réalisée à l’Université Grenoble Alpes (France). La thématique « immigration » devient progressivement dans la presse quotidienne nationale française un domaine d’affirmation et de reconnaissance professionnelle. Des professionnels des médias qui s’occupent de ce thème contribuent à constituer un « sous-espace spécialisé[1] au service « Société » de la presse à la mesure que l’immigration prend de l’importance au champ politique à partir de l’émergence des « problèmes des banlieues » et de la politique de la Ville.

L’objectif de cet article est d’analyser les évolutions dans le traitement journalistique de l’immigration. L’une de ces mutations est la constitution d’un sous-champ spécialisé de l’immigration. Nous nous intéressons à une période récente : les années quatre-vingt-dix et les années deux mille. Il s’agit de montrer comment une rubrique – et une spécialité –  sur la question de l’immigration s’est créée et s’est imposée dans la presse au sein du service « Société » dans la presse quotidienne nationale. Afin de saisir les caractéristiques de la spécialisation dans la thématique, nous nous appuyons sur le cadre d’analyse de la production des journalistes spécialisés développé par le professeur Jean-Gustave Padioleau[2] et sur des travaux plus récents sur la spécialisation dans le journalisme[3]. Un groupe de questions guide cet article. Comment une rubrique « immigration » au service « société » s’est-elle créée ? Quels éléments ont précédé la constitution de cette rubrique ? Comment un sous-univers spécialisé[4] de l’immigration apparaît-il dans la presse ? Comment ces journalistes affirment-ils leur existence ? Pour essayer de répondre à ces questions, nous mobilisons un corpus varié composé par des articles de presse[5] et des entretiens avec des journalistes. De plus, il est proposé d’analyser les productions des journalistes considérés spécialisés, comme par exemple, les ouvrages qu’ils ont écrits en tant que « spécialistes » de la thématique « immigration ». Au total, l’analyse prend en compte cinq livres publiés (entre 1998 à 2010) par des journalistes qui travaillent, notamment, au quotidien Le Monde. Dans l’objectif est de caractériser la production d’information sur l’immigration, nous avons réalisé une analyse de contenu du blog « Hexagone », consacré au thème sous la plateforme de Libération.fr. Il est animé, pendant les années 2008 à 2011, par Catherine Coroller, considérée la journaliste spécialisée de l’immigration au quotidien Libération.

L’affirmation de l’existence d’une « spécialité » journalistique est liée à des logiques professionnelles qui veulent marquer de « nouvelles » frontières vis-à-vis de leurs collègues (au sein de la rédaction) et de l’ensemble des professionnels des médias.

 

[1] Marchetti Dominique, « Les sous-champ spécialisés du journalisme », Réseaux, n° 111, 2002, p. 22-55.

[2] Padioleau Jean-Gustave, « Systèmes d’interaction et rhétoriques journalistiques », Sociologie du travail, n° 3, 1976, p. 267.

[3] Neveu Erik, Rieffel Rémy, Ruellan Denis, « Dix ans après », Présentation, Réseaux, n°111, 2002, p. 9-17.

[4] Le terme « sous-univers » est utilisé en référence à Peter Berger et Thomas Kuckman (1966) dans l’ouvrage La construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin, 2012, p.152.

[5] Le corpus de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration est composé d’articles publiés essentiellement dans la presse nationale généraliste. Nous avons consulté quatre thématiques : « politique de l’immigration-débats publics », « délinquance », « vie sociale-violences urbaines », « jeunes-jeunes immigrés ».

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11H10

Le journalisme de paix, de la théorie à la pratique : le cas de la radio de paix en RDC

Armande Koffi-Kra, Université Laval / Québec

Résumé

Le concept de journalisme de paix apparu en 1994, a fait couler beaucoup d’encre en Occident. Ce concept a alimenté des tensions entre les professionnels de la communication et les acteurs engagés dans la résolution des conflits. Au même moment où se déroulaient ces débats, des radios de paix voyaient le jour en Afrique comme pour rendre réelle la vision du journalisme de paix proposé par Johan Galtung.

Galtung part du constat que les journalistes occidentaux entretiennent une vision dualiste du conflit. Celui-ci apparait comme une bataille, un sport opposant deux concurrents. Pour Galtung (2013), une telle pratique est du journalisme de guerre dans la mesure où, les journalistes restent focalisés sur la violence des conflits et accompagnent souvent, l’effet de propagande des leaders politiques (McGoldrick, 2006). Le journalisme de paix que Galtung propose alors serait un contrepoids à une telle pratique. Dans les faits, le journaliste présenterait les aspects positifs d’un conflit comme les initiatives en faveur de la paix. Toutefois, une telle pratique journalistique ne va pas rencontrer l’adhésion de tout le monde.

En effet, pour des auteurs comme Loyn (2007), c’est surestimer le rôle du journaliste que de croire que ce dernier soit en mesure de changer l’issue d’un conflit alors qu’il ne décide pas tout seul de l’information à communiquer au public. Hanitzsch (2007) stipule que ce concept est purement idéaliste. Il ne cadrerait pas avec la pratique du journalisme à cause des contraintes professionnelles, économiques et éthiques qui pèsent sur le journaliste (Hanitzsch, 2004 ; Loyn 2007 ; Joseph, 2012).

Afin d’approfondir la réflexion quant à la faisabilité du journalisme de paix, nous faisons alors le choix de nous intéresser à la singularité de cette pratique dans le cadre médiatique des radios de paix.

Les radios de paix sont un type spécifique de médias de masse qui n’existent que dans des pays en crise. Elles sont mises en place par le biais d’organismes internationaux tels que l’ONU ou la Fondation Hirondelle. La première radio de paix est apparue à la suite du Génocide rwandais en contrepoids à la radio Milles Collines[1]. La singularité et la spécificité de ces radios font d’elles des cas intéressant à analyser pour comprendre la mise en œuvre du journalisme de paix.

Comment les professionnels des médias de masse comme les radios de paix, s’approprient alors un tel concept ?  Quels sont les facteurs favorables ou défavorables à la mise en œuvre du journalisme de paix ? c’est à ces questions principales que nous tenterons de répondre dans le cadre de notre recherche.

La méthodologie choisie pour y arriver est la recherche qualitative. Cette dernière invite à une construction du sens par l’emploi de plusieurs démarches réflexives et méthodologiques (Denzin, Lincoln, 2005).  Afin de collecter nos données empiriques et répondre à nos préoccupations de recherche, nous utiliserons l’interview, l’observation et l’analyse de contenu. Nous nous intéresserons à la radio OKAPI et aux journalistes en République Démocratique du Congo. Les données obtenues seront analysées grâce à la démarche par théorisation ancrée de Paillé (1994).

 

[1] Durant le génocide rwandais, la radio Mille collines joua un rôle négatif en vulgarisant des discours haineux. Ce qui lui a valu l’appellation de média de haine.

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11H35

Radio communautaire et journalisme à l’ère du numérique : une même sémantique, un allant de soi?

Aude Jimenez, UQÀM / Québec

 

Résumé

Multitâche, innovation, spécialisations : autant de termes présents à la fois dans la sémantique des journalismes à l’ère numérique et dans celle des radios communautaires partout dans le monde. Concernant le « journaliste multifonctionnel » de Charron (2016), en tant que radio – école la radio communautaire est dans son essence-même une incubatrice de  journalistes multifonctionnels, pratiquant leur (futur) métier au sein de toutes sortes d’émissions et en jonglant avec différents outils techniques (logiciels de montage, enregistreuses, téléphones numériques, etc…) et éditoriaux (chronique, reportage, capsules). En tant que radio innovante (Howley, 2012; Jimenez, 2017) ce type de radio permet également la création de nouvelles approches de terrain et de nouveaux formats d’émissions : à la radio communautaire, on « bricole », on essaie, le temps en ondes est plus élastique, ce qui laisse place à la créativité et inspire d’ailleurs régulièrement les grands médias  (Howley, 2012). Enfin, concernant la question de la spécialisation, par définition les radios communautaires sont associées à des communautés spécifiques, donc à des lignes éditoriales singulières : telle radio de femmes, de jeunes, de telle ville, etc. se devant de traiter l’information selon sa ligne éditoriale particulière.

Nous souhaitons  dans cette communication analyser ce lien « naturel » entre la RC et les changements journalistiques présents à l’ère du numérique. Dans une première partie, nous présenterons les proximités sémantiques et fonctionnelles de ces deux concepts : la radio communautaire semble vraiment représenter « le » média adaptable et adapté aux journalismes numériques. Ensuite, à partir de terrains ethnographiques effectués au sein de deux radios communautaires, une située à Montréal (Canada, Québec) et l’autre à Dakar (Sénégal) nous proposons de mettre l’équation en discussion : au Nord comme au Sud, ces radios sont en situation de profonds changements dans leurs fonctionnements à tous les niveaux Au Sud, on parle de « fracture numérique » et de raisons avant- tout techniques et financières ; Au Nord, les équipements numériques sont là depuis longtemps et les habiletés aussi mais nous verrons que les questionnements sont alors davantage d’ordre organisationnel et philosophique. Comment, au final, les équipes de ces radios gèrent-elles leur « journalismes numériques »? En tenant compte de l’importance des enjeux soulevés par une telle question, c’est à une discussion « d’ouverture », en quelque sorte, que nous souhaitons convier nos auditeurs lors de notre communication.

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12H00

Pause déjeuner

 

Séance 5 présidée par Marc-François Bernier, Université d’Ottawa

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14H00

« Numériser » le théâtre et les arts de la scène : la presse culturelle béninoise entre ombres et lumières

Fernand Nouwligbeto, Centre International de Recherche et d’Étude Francophones (CIREF) / Bénin

Résumé

Il existe au Bénin une bonne vingtaine d’associations de presse spécialisées en environnement, en santé, en économie, en culture, etc. Ces réseaux thématiques, ainsi que les initiatives individuelles des journalistes spécialistes, viennent renforcer un tissu associatif dense et un paysage médiatique constitué, en 2015, de 108 journaux, 74 radios, 9 chaînes de TV. L’avènement de l’Internet en 1995, l’installation de la fibre optique, l’essor du Web 2.0 et de la téléphonie mobile ont généré de profondes mutations, entraînant du coup dans le rang des associations et des journalistes spécialisés différentes postures d’acclimatation ou de survie. Les comportements et attitudes des journalistes culturels, et de leurs réseaux correspondants (Noyau critique, Association des Journalistes Culturels du Bénin, en abrégé AJCB), illustrent bien les jeux et stratégies des acteurs, dans un contexte généralisé de disparition des pages culturelles dans les journaux conventionnels, de précarité et de dysfonctionnements des entreprises de presse. Aussi le décryptage des productions de presse culturelle, notamment celles en relation avec la critique théâtrale et les arts vivants, révèle-t-elle, à côté des quelques avancées enregistrées, nombre de problèmes tels que l’irrégularité des mises à jour, l’insuffisance de visibilité de ces « organes de presse », la pauvreté des contenus proposés, la faible maîtrise des techniques rédactionnelles et déontologiques en ligne, etc. Derrière ces contraintes se profile la double question de l’utilité même des associations spécialisées culturelles et de la viabilité économique des organes en ligne. Quels sont alors les gains et pertes enregistrés par le journalisme culturel dans la production de l’information par les réseaux sociaux (groupe Whatsapp de l’AJCB par exemple), les blogs (http://lenoyaucritique.blogspot.com) ou des plateformes professionnelles (www.benincultures.info) ? A quelles conditions pourrait-on garantir sa viabilité ? Il n’est pas exclu que, malgré la diversité de ses formes, le journalisme culturel béninois à l’ère du numérique soit perçu comme une stratégie de survie et de légitimation d’un corps spécialisé dont la viabilité dépend de sa capacité à se professionnaliser au tripe plan de la production de contenus, de la gestion administrative et de la rentabilité économique. L’objectif de l’étude étant d’évaluer les reculs et avancées de ce journalisme spécialisé aux fins d’identifier les conditions de sa percée, nous nous appuierons sur les outils de la critique historique et ceux de l’analyse de contenu. En partant de la lecture d’un corpus de productions de presse numérique relatives à la critique théâtrale et celle des arts de la scène, nous remonterons aux causes des dysfonctionnements des organes de presse concernés puis évoquerons quelques pistes de solution pour résorber les handicaps identifiés.

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14H25

Les webjournalistes de la culturelle en Algérie : entre hybridation des trajectoires et reconstruction des compétences

Aïssa Merah (Université de Bejaia) & Bouchaala Nabila, École de journalisme
d’Alger / Algérie

Résumé

Après avoir constitué durant des décennies le parent pauvre de la presse algérienne, l’information culturelle tend à se frayer un nouveau chemin, permis par le développement du numérique et de ses fonctionnalités. En effet, si les expériences de la presse culturelle ont connu un échec par le passé, force est de constater le nombre important de sites d’information culturelle animés à la fois par des journalistes que par des amateurs de la culture. En même temps les mutations du métier (changement des modes de production de l’information, polyvalence des journalistes. …etc.) enregistrés depuis l’avènement du numérique ont transformé les pratiques professionnelles ; en ce sens où les journalistes ne sont plus à la recherche d’un emploi au sein des rédactions stables, ce qui n’a jamais caractérisé ce métier, car les journalistes migrent d’un média vers un autre (…). Aujourd’hui, les journalistes entreprennent leurs propres projets éditoriaux.

En outre, l’économie des médias numériques représente une aubaine pour les journalistes de la culturelle car l’investissement dans ce segment leur semble moins contraignant que dans les médias traditionnels. Il leur permet de rendre visible un contenu longtemps déconsidéré par les rédactions traditionnelles (Bouchaala, 2017). Même si une fois le projet est mis sur pieds, la question de son financement se pose avec acuité à ces initiateurs de projet, ce qui n’est pas sans compromettre les concepts naissants. Cela nous met devant une difficulté majeure, celle d’étudier un phénomène dont la stabilité est à vérifier, « faut-il se risquer à étudier des pratiques, des objets, des terrains amenés à disparaître ou à se transformer si rapidement que le chercheur peut vite se trouver confronté à une forme de caducité de ses données ? ». (Mercier et Pignard-Cheyne, 2014).

Nous intéressons aux stratégies des acteurs de presse culturelle en ligne dans une spécialisation en construction en matière de pratiques et de compétences professionnelles et de pratiques de lectures culturelles des publics dans un contexte contraignant : difficultés d’accès aux sources d’information, invisibilité de politique culturelle, spécialité à petit marché. C’est pourquoi, il est pertinent de traiter les démarches d’innovation et d’expérimentation entreprises dans l’exercice de ce nouveau métier en professionnalisation.

Nous interrogeons les questions de la (dis)continuité des carrières et de la professionnalisation des journalistes porteurs des projets éditoriaux culturels. Pour ce, nous revenons sur l’origine des journalistes (issue sociale, relation avec la culture, formation, métier d’avant) et les compétences professionnelles liées au métier en développement (web-écriture, polyvalence, flexibilité, multiactivité et rythme) et la démarche entrepreneuriale (innovation, prise de risque, relationnel, management et exercice du pouvoir).

Par cette communication, nous envisageons analyser le profil et l’identité professionnels des journalistes fondateurs des sites d’information culturelle en Algérie. Comment sont-ils nés ces sites fondés et menés par les journalistes ? Quelle est la trajectoire de ces entrepreneurs du numérique dont certains, déçus par les rédactions traditionnelles, tentent de redéfinir l’information culturelle ?

Eléments de méthode

Pour répondre à ces questions de recherche, nous entendons conduire des entretiens semi directif autour de quelques axes de réflexions, notamment des questions relatives à l’activité extra-professionnelle, car nous faisons l’hypothèse que la plupart de ces nouveaux entrepreneurs/ rédacteurs ont des activités en rapport avec la littérature, l’art…etc. En même, cela nous permettra de savoir s’ils sont dans une démarche de professionnalisation, à travers l’adoption des caractéristiques du web journalisme, de son mode de production et d’écriture. Pour comprendre la question du profil et de l’identité professionnels de ces entrepreneurs de l’information numérique, nous employons un cadre théorique mettant en avant les modalités d’engagement, d’appropriation et de contextualisation réalisées dans une situation de « transition professionnelle contrainte » (Sardas et Gand, 2011) C’est pourquoi nous inscrivons l’étude dans une perspective théorique de la sociologie du journalisme en mobilisons le modèle de la « dynamique identitaire globale de l’acteur » (Sardas, 1994).

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14H50

Former au journalisme : l’offre de spécialisation confrontée aux mythes de la profession

Annelise Touboul & Simon Gadras, ELICO – Université Lumière Lyon 2 / France

Résumé

Alors que les médias réfléchissent en permanence aux restructurations et ajustements nécessaires pour s’adapter aux transformations générées par le numérique et l’internet (Ringoot & Utard 2005, Bernier 2008, Sonnac 2009) , alors que les carrières dans le journalisme paraissent toujours plus incertaines et plus précaires (Accardo, 2007), le nombre de candidates aux formations en journalisme ne cesse d’augmenter. Dans ce contexte, certaines formations universitaires cherchent à se démarquer en proposant des formations qui articulent des compétences génériques (connaissances et pratiques des bases du métier) avec une polyvalence s’agissant des supports et techniques et une spécialisation thématique. En proposant de former des journalistes spécialisés, ces formations font le pari d’une meilleure préparation des étudiant.es au marché de l’emploi tout en prenant le risque d’un bassin d’emploi plus étroit (Pélissier, Ruellan 2003; Chupin, 2014).

La communication proposée s’intéresse à la façon dont les étudiant.es qui souhaitent suivre une formation au journalisme intègrent les propositions de spécialisation dans leur projet professionnel. L’étude porte sur plus de 200 lettres de motivation issues de dossiers de candidature à une formation en journalisme qui propose des spécialisations thématiques, (enregistrés entre le 25 avril et le 15 mai 2018). Ce corpus sera complété par les questions adressées aux responsables de la formation lors du processus d’admission (e-mails, entretiens…).

À partir de ce matériau, dont les limites sont connues et prises en compte (format très conventionnel du genre “lettre de motivation” et contexte de candidature qui contraignent les candidat.es à une expression d’adhésion aux propositions de la formation) les auteurs de cette recherche chercheront à vérifier plusieurs hypothèses.  La première envisage le fait que l’offre de spécialisation pose un véritable problème d’appropriation dû au manque de recul des étudiant.es vis à vis du journalisme, domaine bien souvent idéalisé. Cette hypothèse se trouvera confirmée si l’expression des motivations est rapportée à des goûts personnels (voyage, découverte, écriture, contacts, culture, sport…)  ou aux stéréotypes les plus valorisants de la profession (journalisme d’investigation, grand reporter, etc. ).

Dans la continuité de cette première hypothèse, nous souhaitons observer la capacité des candidat.es à intégrer les spécialités dans leur projet professionnel en fonction de leur cursus antérieur, vérifiant ainsi que plus les étudiant.es ont de connaissances sur le journalisme du fait de leurs études (enseignements et stages), plus ils sont à même de comprendre les enjeux attachés à l’offre de spécialisation d’une formation. Enfin, nous travaillerons non seulement sur l’argumentation des lettres de motivation mais aussi sur les vœux de spécialisation en fonction du genre des candidat.es pour vérifier si les stéréotypes de genre se retrouvent dans les projections professionnelles des étudiant.es (Damian-Gaillard, Frisque, Saitta, 2009).

Compte tenu de nos hypothèses, notre étude sera conduite en deux temps. Le premier consistera en une analyse de contenu (de Bonville, 2006) systématique de l’ensemble des lettres de motivation pour identifier les récurrences thématiques et les corréler à des critères factuels de cursus et de genre. Nous procéderons ensuite à une analyse de discours à la recherche des représentations de la profession manifestées de façon explicites mais surtout implicites par les aspirants journalistes.

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15H15

Revoir les fondamentaux de la formation en journalisme à l’heure des spécialisations liées à l’ère numérique ?

Frédéric Antoine, EJL- Louvain-la-Neuve / Belgique

Résumé

Il y a aura dix ans, les membres du réseau Théophraste se lançaient, sous ma coordination, dans la rédaction de la version française de l’ouvrage Modèles de cursus pour la formation au journalisme, proposé par l’Unesco. À l’occasion de ce travail, le réseau affirmait les spécificités d’une formation au journalisme différente du modèle anglo-saxon préconisé par cette institution. Conçu au moment où les préoccupations numériques commençaient à s’immiscer dans la formation au journalisme, l’ouvrage rédigé par les membres de Théophraste, et les fondamentaux dont il se revendique, sont-ils toujours d’actualité à l’heure des spécialisations liées à l’ère numérique ?

 

Se basant sur l’expérience que j’ai alors vécue alors en tant que coordinateur de l’ouvrage, la communication proposée entend confronter l’évolution actuelle aux fondements et aux cursus préconisés à l’époque, en s’interrogeant sur la nécessité de revisiter ou non les fondamentaux alors recommandés.

 

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15H40

Pause-café

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16H00

2nde table ronde suivie de la séance de questions-réponses : L’avenir du journalisme à l’aune du numérique

Animation : Thierry Watine, Université Laval
Intervenants :   Valérie Borde (Journaliste scientifique, L’Actualité), Crystelle Crépeau (Directrice stratégie et contenus numériques, Radio-Canada) et Gilles Carignan (Directeur des contenus numériques, Le Soleil et Groupe Capitales Médias) 

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17h30

Relance de la revue Les Cahiers du journalisme

 

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18H00

Clôture du colloque

 

Email de contact

colloque2018.theophraste@gmail.com

Téléphone

418 656 2131 poste 8652

Lieu

Salle 1630, Pavillon Casault

Université Laval

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