Jour 1

Mercredi 10 octobre

Université Laval

Pavillon Louis-Jacques-Casault (Salle CSL-1630)

1055, avenue du Séminaire

Québec (Québec)  G1V 0A6

Canada

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8h30

Inscription et accueil des invités

 

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9H00

Ouverture du colloque et mots de bienvenue

  • Henri Assogba, Responsable du comité d’organisation, Université Laval
  • Frédéric Antoine, Représentant du Réseau Théophraste,
  • Véronique Nguyên-Duy, Directrice du département d’information et de communication, Université Laval,
  • Guillaume Pinson, Doyen de la FLSH, Université Laval
  • Tidiane Dioh, Responsable médias, Organisation internationale de la Francophonie (OIF)
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9h30

Propagande, vérité et avenir de l’information 

Conférence inaugurale présentée par Thomas Kent (PDG de Radio Free Europe / Radio Liberty, ancien éditeur en charge de la déontologie à Associated Press et professeur à la Columbia Journalism School) suivie de la séance de questions-réponses

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10h30

Pause-café

 

Séance 1 présidée par Marie-Christine Lipani, IJBA, Université Bordeaux Montaigne

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10h45

Hyperspécialisation technique et polyvalence fonctionnelle des mondes journalistiques : renouveler les cadres d’analyse et de compréhension à l’ère numérique

Pascal Ricaud, Équipe PRIM – EA 7503, Université de Tours / France

Résumé

S’il n’existe depuis toujours de journalisme que spécialisé -notamment sur le plan fonctionnel, thématique,  mais aussi en fonction du type de média – nous observons de plus en plus un double mouvement d’hyperspécialisation technique et de développement d’une polyvalence fonctionnelle supposant une transversalité des compétences. Or, les mondes journalistiques apparaissent plus nombreux à l’heure d’une convergence médiatique en trompe-l’œil qui laisserait penser qu’aujourd’hui tout journaliste serait forcément polyvalent (multi-spécialisé) – ou contraint de le devenir – donc forcément compétent pour répondre à toute exigence éditoriale, aux spécificités de tout mode de production et de diffusion, aux attentes (s’inscrivant dans des usages particuliers) de tout type de public. Si l’employabilité et la mobilité professionnelle (notamment interne à un même média) sont facilitées par une polyvalence technique (Charon, 2016) donc fonctionnelle, permettant éventuellement de sécuriser une carrière, les pratiques quotidiennes observables au sein de divers services (liés à l’actualité multimédia, aux affaires publiques, ou à une information ciblée destinée à public de niche) valideraient plutôt l’idée d’une démultiplication des formes de journalisme.

À cela s’ajoute une certaine distorsion entre les représentations et ce que vivent quotidiennement les journalistes que nous avons interrogés et les attentes, voire les exigences, de leur hiérarchie directe ou indirecte (Direction à l’information, au développement numérique, au marketing). Les premiers adaptant aussi leurs pratiques au cadre qu’on leur impose, tout en cherchant à préserver l’idée qu’ils se font de leur métier et des principes déontologiques qui y sont rattachés. On peut parler de tactiques au sens où l’entendait De Certeau (1980) même si les normes imposées peuvent être partiellement intégrées à la pratique (donc nous inciter à une certaine prudence dans l’usage de ce concept). On observe en tout cas une forme d’habileté à ménager une identité professionnelle largement structurée par des valeurs et manières de faire, et finalement par une certaine idée de sa mission (notamment liée à celle de service public médiatique ici) sans qu’on puisse dégager une vision profondément commune, et finalement cohérente, du métier de journaliste. Cela va dans le sens des travaux de Denis Ruellan à propos d’un professionnalisme du flou (1992, 2007) qu’il s’agit de renouveler, de réactualiser à la lumière des nouveaux mondes journalistiques, de leurs hybridations aussi, à l’heure d’une transition numérique bien engagée mais loin d’être achevée. Je proposerai une typologie de ces mondes journalistiques, en soulignant les limites que peut présenter cet exercice de modélisation à partir de mes terrains de recherche.

La communication proposée s’appuie sur deux terrains : ceux de RFI et de Radio-Canada, et sur les travaux d’autres chercheurs (Mercier A., Pignard-Cheynel N., 2014 ; Pélissier N., Diouma Diallo M., 2015 ; Parasie S., Dagiral E., 2013 ; Perreira F.H., 2013 …) dans le cadre d’un travail visant depuis presque cinq ans à mieux saisir les mutations des identités et pratiques des professionnels de l’information dans un contexte de numérisation des médias, notamment radiophoniques. Les méthodologies utilisées sont multiples (entretiens, observations de type ethnographique, analyses des contenus de plateformes interactives en ligne mises en place par les médias), mais s’appuient essentiellement ici sur les analyses tirées des entretiens compréhensifs (Kaufmann, 2007) et partiellement biographiques (Demazière, 2008) auprès de journalistes, rédacteurs en chef, responsables de l’information et du développement numérique … de RFI et Radio-Canada. Cette présentation ne se limitera pas à présenter quelques résultats de recherche, pour certains évoqués plus haut, en abordant le cadre d’analyse (conceptuel et épistémologique) utilisé pour mieux saisir ces nouveaux mondes journalistiques pris dans un double mouvement d’hyperspécialisation et de polyvalence accrue.

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11h05

Entre spécialisation et polyvalence. Les stratégies d’insertion des jeunes entrants dans la profession journalistique étudiées à partir des expériences de stages

Amandine Degand, IHECS / Belgique

Résumé

Spécialisation ou polyvalence ? Face à un secteur médiatique en perpétuelle invention, les formateurs des écoles de journalisme s’interrogent sur le degré de spécialisation fonctionnelle à fournir à leurs étudiants. Les étudiants eux-mêmes se demandent s’ils doivent devenir des couteaux suisses, pluri-compétents, comme le suggèrent certaines études (Neveu, Rieffel et Ruellan, 2002, p. 7). Ou s’ils ont plutôt intérêt à valoriser une spécialisation, pour répondre à des besoins spécifiques du milieu professionnel ?

Sans porter de jugement de valeur sur chacune de ces options, nous postulons que, pour pouvoir se faire engager dans des rédactions journalistiques aujourd’hui, les jeunes entrants gagneraient, de plus en plus, à mettre en avant des spécialisations fonctionnelles, notamment celles valorisables sur les sites internet et les réseaux sociaux de leurs médias. Une observation exploratoire nous permet de constater que le milieu professionnel fait de plus en plus appel aux écoles de journalisme pour identifier des profils spécifiques, notamment des spécialistes du langage vidéo et/ou des réseaux sociaux. Nous postulons qu’une formation orientée vers une trop grande polyvalence crée un sentiment d’insécurité chez les étudiants, ou leur être préjudiciable à long terme.

Pour traiter ces questions, nous nous intéresserons tout particulièrement aux stratégies que développent leurs jeunes entrants dans la profession à un moment atypique de leur insertion professionnelle : les stages en rédactions. Les stages constituent un moment charnière entre la formation et la vie professionnelle. Du point de vue des journalistes, ils constituent un « moment privilégié pour repérer un jeune prometteur », « la porte d’entrée » dans la profession (Standaert, 2016, pp. 108-109). C’est aussi le moment où les étudiants socialisent avec des professionnels, qu’ils confrontent leurs représentations au terrain, leur savoir-faire aux attentes et qu’ils prennent la mesure de leurs atouts et de leurs faiblesses. Quelles stratégies déploient-ils alors pour favoriser leur insertion professionnelle ? Avec quels résultats ?

Cette proposition de communication vise à analyser les représentations de différents acteurs concernés par cette question, à partir du cas d’une école de journalisme belge, la section « presse et information » de l’Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales (IHECS).

Nous nous intéresserons en premier lieu aux représentations des étudiants à l’issue de leur(s) stage(s). Nous recueillerons leurs discours de trois façons : par le biais de questionnaires rédigés dans une approche quali-quantitative et soumis après leurs expériences de stages, par le biais d’entretiens au cours desquels les étudiants commentent et auto-évaluent leur expérience de stage et enfin, à partir des propos qu’ils rapportent dans leurs rapports de stages. Deuxièmement, nous aborderons le point de vue des professionnels impliqués dans l’insertion professionnelle des jeunes entrants en effectuant des entretiens semi-directifs auprès de maitres de stages qui ont le pouvoir d’embaucher de jeunes journalistes.

Le moment spécifique des stages sera pour nous l’occasion de nous intéresser aux reconfigurations du secteur journalistique et à la façon dont elles sont envisagées, au prisme des ressources humaines. Nous nous intéresserons également aux enjeux de cette reconfiguration sur les stratégies d’insertion professionnelles, déployées par les étudiants, et sur les réflexions menées à ce sujet dans les écoles de journalisme.

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11h30

La gestion des médias sociaux dans les médias d’information québécois considérée comme spécialisation ou tâche supplémentaire par les professionnels de l’information

Anne Sophie Gobeil, Université Laval / Québec

Résumé

Les recherches réalisées sur la gestion des médias sociaux (Paulussen, 2012; Degand et Grevisse, 2012) suggèrent que de nouveaux professionnels ont fait leur apparition dans les médias d’information pour répondre aux demandes particulières du Web et des médias sociaux : community managers, modérateurs de commentaires, etc. (Paulussen, 2012). Or, à notre connaissance, aucune recherche n’a été menée pour l’instant pour explorer les manières dont ces nouvelles spécialisations se transposent dans les médias québécois.

Dans le cadre de notre projet de thèse, nous nous intéressons à la place qu’occupent les tâches reliées à la gestion des médias sociaux dans les salles de nouvelles québécoises et à leur rôle dans la construction et le ciblage des publics dans une ère d’hyperconcurrence marquée par l’utilisation des métadonnées mettant à mal, à première vue, le modèle journalistique d’intérêt public.

Pour cette communication, nous visons à comparer les connaissances scientifiques élaborées sur la gestion des médias sociaux dans les entreprises de presse, notamment aux États-Unis, avec les observations que nous avons faites sur le terrain au printemps 2018 dans des entreprises de presse québécoises. Comment la gestion des médias sociaux s’insère-t-elle dans les pratiques professionnelles? Est-elle constituée comme une spécialisation à part entière ou plutôt comme une tâche supplémentaire dont les journalistes doivent s’acquitter?

Pour répondre à cette question, nous avons adopté une démarche ethnographique en trois temps ciblant les personnes responsables des médias sociaux dans divers médias d’information québécois : entretiens courts pour mieux cerner les expériences professionnelles et le profil sociodémographique de nos répondants, observation in situ pour voir concrètement les manières dont sont gérés les médias sociaux et entretiens longs pour revenir sur les observations et les perceptions des professionnels. Notre échantillon final comprendra, idéalement, La Presse, Le Journal de Québec, Le Huffington Post Québec et Radio-Canada, chacun présentant un cas de figure différent afin de mieux comprendre les variations et nuances de la gestion des médias sociaux. Ainsi, La Presse, ancien journal papier devenu 100% numérique, est aujourd’hui un organisme à but non lucratif; Le Journal de Québec, propriété de Québecor, compte sur une édition papier, une application mobile et un site Web; le Huffington Post Québec est 100% Web, créé spécifiquement pour les plateformes en ligne; enfin, Radio-Canada, en tant que diffuseur public, pourrait présenter un modèle différent de celui des entreprises.

D’après nos premiers contacts avec des médias d’information, la gestion des médias sociaux n’est pas nécessairement une spécialisation à part entière, contrairement à ce que laisse supposer la littérature. Dans certaines entreprises, celle-ci s’ajoute simplement aux tâches des journalistes, qui s’occupent de diffuser les contenus sur les plateformes comme Facebook et Twitter en plus de leur travail journalistique. Il est également possible que quelques personnes soient responsables de façon exclusive de la gestion de ces plateformes, mais cela semble dépendre de la taille de l’entreprise et de ses moyens propres. Ainsi, plusieurs modèles cohabitent concernant la gestion des médias sociaux, soulignant la complexité des phénomènes et pratiques médiatiques et le caractère encore instable de certains.

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12h

Pause déjeuner

 

Séance 2 présidée par Jacques Lemieux, Université Laval

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14h

Datajournalisme : hyperspécialisation, paternalisme et renoncement éditorial

Rayya Roumanos, IJBA Bordeaux / France

Résumé

Au carrefour de l’information, de la technologie et de l’art, le datajournalisme, ou journalisme de données, pratique née à la fin des années 2000, s’appuie sur la collecte, la consolidation, l’interprétation et la présentation visuelle de larges bases de données, dans un but informatif (Gray, Bounegru, Chambers & Kayser-Bril : 2013). Basée aussi bien sur des savoirs remédiés que sur des compétences inédites, cette approche hyperspécialisée de l’information, qui allie l’expertise technique à la mise à distance de l’actualité (Chailloux : 2013), bénéficie, dès son apparition, d’une aura doublement valorisante ; son ancrage dans une attente citoyenne avérée, née d’un besoin de transparence, confirme la validité de son positionnement éditorial axé sur le décryptage « objectif» de l’actualité (Lesage & Hackett : 2013), au moment où son adossement à l’imaginaire de l’efficacité technique (Picon : 2001) contribue à donner forme à cette même visée. Pour autant, l’histoire récente du datajournalisme en France est traversée par des tensions et ses acteurs confrontés à des reproches intra et extra professionnels multiformes. « Démarche marketing », « approche réductrice de l’information », « fétichisation des données », les griefs sont nombreux et portent aussi bien sur la posture professionnelle des journalistes de données (dimension déontologique), que sur leur mission journalistique (dimension communicationnelle). Les détracteurs de cette spécialité en phase d’institutionnalisation (Croissant & Touboul : 2013) remettent en question son postulat de base et révèlent, en creux, les écueils d’un journalisme qui fait le procès en partialité de la presse « traditionnelle » sans pour autant parvenir à échapper aux défauts qu’il dénonce. La présente communication s’interroge sur cette pierre d’achoppement à travers l’analyse des travaux sur les données de deux médias français qui ont misé sur le datajournalisme pour renforcer leur offre éditoriale : Le Monde, quotidien national et Sud-Ouest, quotidien régional. Nous nous sommes penchée sur les modes de construction de deux enquêtes datant de 2016 et 2018 ainsi que sur les discours de légitimation de la démarche journalistique employée. Il en ressort que l’hyperspécialisation emprisonne les journalistes dans un paradoxe inextricable : l’ambition de la scientificité (remède contre la subjectivité) se mue en magistère sur l’information que ces professionnels ne parviennent à atténuer qu’aux prix d’un renoncement éditorial mal assumé.

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14h25

Défis et contraintes du journalisme de données en Afrique : L’exemple du Sénégal

Mamadou Ndiaye & Abdou Diaw, CESTI – UCAD / Sénégal

Résumé

Aujourd’hui, la percée du numérique a entrainé de profonds bouleversements dans beaucoup de secteurs d’activités dont celui des médias. Avec l’apparition de nouveaux supports de communication plus innovants (tablettes, smartphones, liseuses) et la rapidité de diffusion et de circulation des informations, les consommateurs sont quotidiennement envahis par des flux d’actualités.

Dans les écoles de formation, les enseignements en journalisme numérique sont devenus des spécialités incontournables.

Notre observation de l’évolution des pratiques professionnelles révèle qu’avec l’aide du journalisme de données, nombreuses sont les entreprises de presse dans le monde qui ont réussi à livrer des informations condensées par le biais des graphiques, des données ou d’infographies.

Si cette spécialisation a fini de faire tâche d’huile dans le monde, particulièrement en Europe et aux Etats unis, elle tarde, cependant, à prendre son envol dans les pays africains.

Au Sénégal, malgré une volonté affichée aussi bien par les groupes de presse que par les écoles de formation, le journalisme de données peine à se faire une place dans le paysage médiatique sénégalais.

Dans cette communication, il sera question d’étudier les facteurs explicatifs du retard noté dans l’utilisation du journalisme de données par les médias sénégalais et son introduction dans les curricula de formation. Les dirigeants d’entreprises de presse connaissent-ils réellement la valeur et les enjeux du journalisme de données qui englobe un ensemble d’instruments, de techniques, de compétences et d’approches de storytelling en constante évolution ?

L’absence de modules en journalisme de données dans les programmes des écoles de formation ne contribue-t-elle pas à la méconnaissance de cette spécialité ? Quelles stratégies et moyens, donc à mettre en place pour promouvoir le journalisme de données dans les médias sénégalais ?

Existe-il des limites qui entraveraient l’émergence de cette spécialité notamment du point de vue de la législation ?

Du point de vue de la méthodologie, ce travail de recherche se fonde sur une approche documentaire et sur l’analyse des données empiriques obtenues auprès des dirigeants d’entreprises, des spécialistes en journalisme numérique, des responsables des écoles de formation, des journalistes, des acteurs étatiques, etc.

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14h50

Les entreprises de presse et les journalistes face aux défis de l’Intelligence artificielle : les premiers résultats du projet med-IA

Thierry Watine & Lily Gramaccia, Université Laval / Québec

Le constat et les questions

De la télématique à la révolution numérique jusqu’à l’explosion des médias sociaux, les changements technologiques et l’apparition des nouveaux outils ont des incidences directes sur les stratégies médiatiques, les pratiques journalistiques et le plurarisme de l’information (George et al., 2015 ; Rieffel et Watine, 2002). Depuis le début des années 2010, les robots (Braly et Ganascia, 2017), les algorithmes (Alexandre, 2017) et la « Super intelligence » (Bostrom, 2014), qui connaissent une croissance exponentielle, amplifient le phénomène en suscitant un certain nombre d’interrogations et d’inquiétudes quant à l’avenir des entreprises de presse (Mercier, 2018 ; Seval, 2018 ; Didier et Raynaud, 2018).

En d’autres mots, les médias vont-ils subir ou profiter des progrès de l’Intelligence artificielle ? Pour l’heure, les principaux secteurs concernés par les développements de l’IA sont clairement identifiés : défense, commerce, industrie, finance, assurance, énergie, environnement, etc. (Villani, 2018). Mais de quelle manière le champ médiatique sera-t-il affecté par ces bouleversements technologiques qui vont bien au-delà de ce que l’on a nommé la révolution numérique (Watine, 2017) ? Les citoyens-consommateurs de l’information seront-ils les gagnants – ou les grands perdants – des avancées massives de l’Intelligence artificielle au cours des prochaines années ?  

Le projet med-IA, incubateur de recherche sur les médias et l’Intelligence artificielle, vise à étudier les changements qui vont toucher l’ensemble du champ médiatique, et plus particulièrement les conditions d’exercice du journalisme.

Ce projet repose sur une structure collaborative pérenne entre des journalistes, des chercheurs en communication publique et des ingénieurs en Intelligence artificielle qui a pour objectif premier de circonscrire de manière plus précise les transformations induites par cette technologie. Fort de cette entente, le projet med-IA s’articule autour des trois axes de recherche suivants : 1. l’IA et ses effets sur les pratiques des professionnels de l’information ; 2. l’IA et la lutte contre la désinformation (ou l’IA contre l’IA) ; 3. l’IA et le traitement journalistique de la complexité : expliquer, démythifier, rappeler les enjeux éthiques.

La démarche méthodologique et les résultats anticipés

Dans cette communication, nous nous attacherons à présenter les résultats préliminaires de l’axe 1 (l’IA et ses effets sur les pratiques des professionnels de l’information). Dans cet axe, nous nous sommes interrogés sur les effets potentiels du développement de l’Intelligence artificielle dans le champ des pratiques journalistiques professionnelles. Comment les responsables de la presse et les producteurs de messages publics vont-ils s’ajuster à cette nouvelle donne technologique ? Quels nouveaux métiers et nouvelles compétences devraient apparaître dans un avenir rapproché au sein du milieu journalistique pour accompagner ces changements à la fois de culture et de méthodes de travail ?

Afin d’apporter des réponses à nos questions de recherche, nous avons organisé la collecte de données empiriques à partir de la méthode qualitative et inductive dite du focus group ou groupe de discussion (Bernier et al., 2008 ; Geoffrion, 1993). La première étape du projet med-IA vise à analyser et diffuser les résultats d’une rencontre « ingénieurs-journalistes » (10 participants) organisée le 19 mai 2018 à l’Université Laval avec deux visées complémentaires :

  1. dans un premier temps, il s’agit de rendre compte du point de vue des experts de l’IA sur l’état de la question et les perspectives d’avenir offertes par l’IA au plan strictement technologique avant d’engager – entre euphorie transhumaniste des uns ou peurs irrationnelles des autres – une réflexion critique ou de proposer un positionnement éthique sur les risques d’une IA non maîtrisée ou adversaire ;
  1. dans un second temps, notre démarche a pour objectif de permettre aux ingénieurs, chercheurs et spécialistes de l’IA de mieux comprendre les défis, les interrogations et parfois les réserves des acteurs du secteur médiatique en matière d’intégration des nouveaux outils technologiques dans le processus de fabrication de l’information.
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15h15

Journalistes de rang ou journalistes touche-à-tout : l’identité du journalisme spécialisé au Burkina Faso

Lassané Yameogo, CNRST – Ouagadougou / Burkina-Faso

Résumé

Au Burkina Faso, comme dans bien des pays d’Afrique-ouest francophone, le journalisme est exercé dans un contexte politique particulier : celui d’un « illusionnisme démocratique » (Natielsé, 2013) ou de « régime semi-autoritaire » (Hilgers et Mazzocchetti, 2010). Sur le plan économique, le journalisme est traversé par des logiques économiques symptomatiques de la pauvreté généralisée qui frappe ce pays : « journalisme institutionnel ou de communication (Yaméogo, 2016), « journalisme rémunéré » (Balima et Frère, 2003) ou « journalisme de marché » (Adjovi, 2002).

 La profession de journaliste est très ouverte au point qu’on y trouve, pour parler comme Charon (1993 : 109), « des journalistes…non-journalistes »). Dans une étude récente Yaméogo (2018) a montré que le sujet du terrorisme a par exemple souvent été l’objet de black-out dans certaines radios locales burkinabè pour des raisons d’incompétences professionnelles. Sur le plan technologique, presque tous les médias ont intégré la culture numérique dans le travail et l’organisation journalistiques, induisant l’émergence de nouvelles dynamiques et de nouvelles figures médiatiques (Yaméogo, sous presse). La formation en journalisme dans les universités, instituts et écoles reste toutefois encore au stade de spécialisations génériques.

 Certains auteurs ont cependant soutenu la thèse que la notion de « journaliste spécialisé » est un « bête pléonasme » parce qu’il n’existerait de journaliste que spécialisé (Neveu, Rieffel et Ruellan, 2002) ; d’autres, comme Charon (2016), ont souligné l’importance de la spécialisation des contenus, affirmant qu’elle est l’une des tentatives de réponse du milieu journalistique aux mutations engendrées par le numérique. Si le lien entre journalisme et spécialisation est évident dans d’autres contextes, qu’en est-il dans le contexte burkinabè ? Y a -t-il dans les rédactions des médias burkinabè des journalistes spécialisés dans des thématiques ou des rubriques ? Si oui, comment ce journalisme spécialisé s’organise et s’opérationnalise-t-il ? Si non, pourquoi ? Comment la présence ou l’absence de journaliste spécialisé affecte-t-elle la qualité de l’information servie au public ? La spécialisation obéit-elle à des logiques économiques, à une politique d’accroissement de l’audience ou bien s’inscrit-elle dans une logique de vocation journalistique ? En quoi le numérique redéfinit ou modifie-t-il les trajectoires de spécialisation thématique dans la carrière journalistique ?

 D’un point de vue méthodologique, la recherche porte sur un objet à la fois holistique et diversifié : les médias, tous types et tous statuts confondus (radiodiffusion, télévision et presse écrite privées et publiques). La distinction médias publics / médias privés permet de saisir l’évolution de la spécialisation du journaliste en fonction du statut du média pour lequel il travaille. Cette mise en regard est d’autant pertinente que le journalisme des médias publics s’inscrit dans une logique de journalisme acquis et de fonctionnarisation de la profession. La culture professionnelle dominante est celle où « la puissance tutelle de l’Etat fait souvent du journaliste, un propagandiste avec pour mission essentielle, l’amplification de la parole de l’autorité publique » (Traoré, 2012 : 190).

Neuf entreprises médiatiques d’information, dont trois sociétés de radio, trois chaînes de télévision et trois organes de presse écrite basés à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, seront questionnées. L’investigation s’appuie sur une étude qualitative : une observation directe dans les rédactions suivie d’entretiens semi-directifs auprès des responsables éditoriaux, des rédacteurs en chef et chefs de service et des journalistes-reporters. Dans chaque entreprise, au moins cinq personnes seront interviewées. Les données collectées feront l’objet d’une analyse de contenu thématique.

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15h40

Pause-café

 

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16h

1ère table ronde suivie de la séance de questions-réponses : L’investigation comme spécialisation « anti-désinformation »

 Animation : Colette Brin, Université Laval

Intervenants : Gérard Davet (journaliste d’investigation, Le Monde); Isabelle Hachey (journaliste d’investigation, La Presse) ; Antoine Robitaille (chef du Bureau d’enquête parlementaire, le journal de Montréal)

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17h

Présentation d’un nouvel ouvrage sur Les fausses nouvelles

Sous la direction de Florian Sauvageau, professeur émérite à l¹Université Laval

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19h

Cocktail de bienvenue ou soirée de gala (réseautage, activité sociale, etc.)

 

Email de contact

colloque2018.theophraste@gmail.com

Téléphone

418 656 2131 poste 8652

Lieu

Salle 1630, Pavillon Casault

Université Laval

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